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10 mai 2022

Mais c’est quoi, cette histoire de créer ton entreprise ????

En fait, cette question, personne ne me l’a posée :)...


On m’en a posé d’autres :

  • Mais ça ne te fait pas peur ?

  • Tu es sûre de toi ?

  • Mais tu vas faire quoi ?

  • Mais tu sais faire ?


Après tout, c’est vrai que d’abandonner sa sécurité de cadre de la fonction publique pour se lancer dans une aventure incertaine, ça peut générer un peu d’incompréhension …


On m’a aussi fait des commentaires :

  • C’est courageux …

  • De toute façon, tu pourras toujours y retourner …

  • Tout le monde ne peut pas se le permettre …

Et parfois juste :

  • Ah.


Derrière ces réactions, j’entendais plein de choses.


La menace fantôme


J’entendais par exemple que je m’illusionnais, et sur ce qui m’attendait, et sur mes capacités d’entrepreneuse. Ou bien que je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais, avec mon emploi à vie, et mon salaire qui tombait à la fin du mois quoiqu’il se passe. Ou bien que je voulais me rendre intéressante (“Celle-là, elle fait encore rien comme tout le monde …!”).


J’entendais aussi ce que la personne me disait sur elle, sa propre peur de l’inconnu, son insécurité, son renoncement.


Mais aussi j’entendais son envie, ses rêves, l’ouverture possible d’une fenêtre sur la douceur d’un matin de printemps (exactement ce que je vis au moment où j’écris ces lignes)…


Un nouvel espoir


Tout le monde essaye de vivre sa vie au mieux, en fonction de ses possibilités.


Il se trouve que pour moi, la vie au boulot était devenue insupportable, et ne correspondait plus en rien à ce que j’entrevoyais : un changement de société, un nouveau paradigme qui redonnait de l’espoir. C’est vrai que ce sentiment a l’air paradoxal avec notre situation générale. Mais je crois profondément que la crise sociétale et écologique que nous traversons est porteuse de sens, et donnera naissance à un monde plus doux. Je peux même dire que moi, l’anxieuse chronique, je n’ai jamais été aussi optimiste de toute ma vie.


Il se trouve aussi que ma situation personnelle était favorable à une prise de risque : plus personne ne dépendait de moi, je ne mettais personne d’autre que moi en danger.


Il se trouve enfin que cette décision brutale couvait depuis plusieurs années : de remises en question en rencontres, il a fini par émerger une évidence.


Le réveil de la Force


La vie est courte et longue, participe au monde et essaye des trucs.


Un nouveau poncif cryptique ?

Et pourtant…


Depuis que j’ai arrếté mon ancien boulot, mes journées sont à la fois plus longues et plus courtes. Le temps est relatif on le sait, et l’énergie et la joie retrouvées participent à ses paramètres.


Participer au monde, c’est ne plus le subir. C’est prendre la vague, et ne pas se laisser emporter par le rouleau (non, je n’ai jamais fait de surf, et je vais arrêter là la métaphore…). C’est aussi sentir les forces qui l’animent, et se nourrir de cette énergie. C’est crier Youhou en sortant du lit le matin !


Et des trucs, j’en essaye plein : la vie est une boîte de chocolat, et je veux tous les goûter ! En ce moment, je parle à des gens (je suis normalement plutôt très solitaire). Et aussi je vais boire un café le matin au bar de mon village : étonnant, non ? (j’y vais de ce pas aussitôt cet article terminé, ce qui ne saurait tarder). Alors pourquoi pas essayer de créer mon entreprise ? Et aussi créer une association ? Et en même temps participer au monde et éprouver l'élasticité du temps ?

Youhou again !



Les gardiens de la Galaxie

(Oui, on change d’univers …)


Cet enthousiasme débridé a un pendant très cadré. La méthodologie.


Rien ne résiste à une bonne méthodologie. La méthodologie résout tous les problèmes.


Alors non, je ne pars pas juste à l’aventure. Je sais où je vais, et surtout comment je vais faire. Je le sais même exactement.


Je vais sur mon territoire parce qu’il me parle depuis toujours et que je le connais.


Je vais m’adresser aux gens qui veulent faire vivre ce territoire d’exception comme moi je le le vis, à préférer se faire arracher les dents plutôt que d’aller ailleurs, les indépendants, les artisans, les agriculteurs, les TPE et les associations, tous ceux qui participent à la vie de cette région et qui veulent changer le monde.


Je vais les accompagner en organisation et communication, parce que c’est ce dont ils ont besoin pour mener à bien leur mission et parce que je sais bien le faire.


C'était quoi la question déjà ?


Je viens avec toi !



11 juin 2022

Comment ça, les jeunes ne veulent plus travailler ?

Depuis quelque temps, je rencontre pas mal d’entreprises artisanales. Et j’entends très souvent le même constat :

C’est pas le travail qui manque, mais on n'arrive pas à recruter …

Les jeunes ne veulent plus travailler ….

On n’arrive pas à trouver des salariés compétents …

Ils ne veulent pas s’impliquer …

On ne sait pas ce qu’ils veulent …


J’avais certes entendu parler de ce problème de recrutement, mais je ne l’avais jamais autant mesuré. J’ai mieux écouté les petites voix qui murmuraient depuis quelque temps à mon oreille (celles de Linkedin, celles des analystes, celles des jeunes autour de moi, je ne suis pas Jeanne d’Arc …), et j’ai vu que les difficultés de recrutement des jeunes se retrouvaient plus ou moins dans tous les domaines :


Apprentis ou jeunes ingénieurs, il semble impossible de les impliquer et de les fidéliser. Et les entreprises ont du mal à s’adapter …


Malgré des années de chômage au plus haut, l’emploi stable ne ferait-il plus rêver ?

Les entreprises cherchent à s’adapter, en modifiant les offres de recrutement, en proposant plus de commodités, des postes sur mesure, mais …


Le mal semble profond, et il semble que rien ne pourrait les décider.


L’avenir des jeunes, et celui des entreprises semble alors bien noir …


Les figures de l’ombre


Il faut dire que pour les métiers de l’artisanat, la dévalorisation de la formation, considérée depuis longtemps comme une voie de garage, a fait beaucoup de dégâts. T’es pas bon à l’école ? Tu vas finir plombier ! Ou coiffeuse. Ou menuisier. Comme si c’était la déchéance complète… Les stéréotypes ont la peau dure !


La difficulté de ces métiers physiques est aussi un frein important. C’est vrai, porter des cairons, des sacs de ciment, travailler dans la chaleur, le bruit, la poussière, être sale, ça n’envoie pas du rêve. Et puis, on a vu son père se crever à la tâche, se casser le dos, se blesser. 83% des artisans considéraient en 2019 que leur métier était très exigeant physiquement (enquête artisanté 2020).


Et enfin, est ce que ça en vaut la peine, tout ce travail, cette dévalorisation sociale, pour finalement gagner des clopinettes ?


Le sens de la vie


Chez les jeunes ingénieurs, il n’est pas question de ça. Ils font la fierté de leurs parents, ils ont le confort et l’argent.


Eux se retrouvent en butte avec une forte perte de sens : à quoi bon toutes ces études pour un métier qui n’apporte rien dans un monde qui va mal ? A quoi bon accumuler de la richesse si tout est perdu ? A quoi bon se lever le matin si l’ennui va être notre compagnon quotidien ?


Ils se retrouvent aussi étrangement avec une difficulté sociale : l'incapacité d’expliquer simplement leur métier, hyper pointu, et d’éveiller ainsi l’intérêt de leurs interlocuteurs. Comment juger son action quand elle ne génère que l'incompréhension ? Et si, finalement, j’ai travaillé aussi dur pour faire un bullshit job ?

C’est tellement plus simple de dire qu’on est boulanger…


Enfin, ils veulent être libres. L’entreprise, le salariat avec ses règles, sa hiérarchie, ses horaires, ses contraintes ne les intéressent plus, voire les angoissent profondément.



Rien de commun finalement entre les jeunes ingénieurs et les jeunes artisans ? Et bien figurez-vous que si :


La petite fabrique du Monde


Le monde de papa ne les fait plus rêver. Se lever tous les jours, aller travailler, suivre des horaires, des contraintes, des règles immuables, toutes les générations ont trouvé ça pesant. Mais depuis quelques années, la société a évolué …


Le travail n’est plus au centre de leur vie. Même s’il reste un facteur fort d’intégration sociale, la famille, les amis, les loisirs ont pris une place prépondérante. Et ils ne sont pas prêts à la sacrifier. Travailler oui, mais tout donner non.


Le COVID est passé par là : le ralentissement de la vie des 3 dernières années a été ressenti par tous. Les effets sur le mental de chacun sont encore loin d’avoir été entièrement mesurés. Mais entre la peur de ne plus anticiper le monde, et la possibilité d’un changement positif, les jeunes se posent encore des questions sur ce qu’ils ont envie de vivre. Alors ils attendent, ils hésitent. Ils ne se lancent pas. Ils ne grandissent pas.


Ils veulent du RESPECT : Alors que les adultes se plaignent de la disparition du respect chez les jeunes, les jeunes en réclament toujours plus. Mais qu’est-ce à dire ???

Ils ne parlent simplement pas de la même chose.

Le philosophe Vincent Cespedes l’explique très bien (Vincent Cespedes - le respect et les jeunes (1) ):

Il définit le respect froid comme étant fondé sur le respect des règles, de la tradition (tu me dois les respect de droit car je suis ton professeur, ton chef) : c’est un respect qui ne se base pas pas sur l’émotion.

Il y oppose le respect chaud, relationnel, celui auquel chaque être humain a droit. Il implique un intérêt pour l’autre. Il implique la conscience de l’autre comme autre personne, égale à soi. Chez les jeunes (15-29 ans), on a affaire à un véritable bouillonnement émotionnel. Et on a besoin de se construire des repères, auprès de ses pairs (et plus auprès des pères).

On est rentré dans le monde du respect froid : les contrats, les injonctions (il faut, tu dois).

Quant au respect chaud … Le monde donne une image dévalorisante des jeunes : ils ne savent plus lire, plus écrire. On les voit dans une télé-réalité dévalorisante… Ils sont sans cesse jugés, ou considérés uniquement comme des consommateurs. Ils n’existent pas dans le monde en dehors de ces images négatives.

La jeunesse n’est pas respectée, considérée comme un interlocuteur valable, comme un être humain.

Or, son rôle est de réinterroger le monde qu’on leur lègue. On ne les laisse pas parler ? Ils s’expriment à leur façon : ils démissionnent. Ils désobéissent à ces injonctions. Ils refusent le monde qu’on veut leur imposer.


Alors, si on réinterrogeait nos pratiques avec eux ?


Ils veulent de l’argent. En tous cas, suffisamment pour alimenter les autres aspects de leur vie. Un apprenti pourra espérer gagner entre 415 et 1200€ par mois en fonction de son âge. Un artisan diplômé en début de carrière touchera le smic, avec lequel il pourra difficilement envisager une véritable émancipation… Comment envisager une vie équilibrée avec si peu, à moins d’être un disciple de la sobriété heureuse ?


Enfin, les jeunes veulent de l’immédiateté : l’usure du quotidien dans l’espoir des lendemains qui chantent a fait son temps. Surinformé, conscient des inégalités sociales et de l’insécurité du monde, on ne mise plus sur le futur qui risque de ne pas tenir ses promesses, mais sur le présent. Les résultats doivent suivre très rapidement les actions, sinon ils zappent.


De mon temps


Les chefs d’entreprise, les “vrais adultes” peuvent râler de cette nouvelle vision du monde. Ils peuvent incriminer un système éducatif, des parents trop laxistes, internet, les influenceurs adeptes de l’argent facile, le gouvernement, les jeunes eux-mêmes.

Ça ne changera pas grand-chose… La société est en train de changer, et il faut la prendre en compte. Ce n’est pas mai 68, avec ses cortèges, ses slogans, ses jets de pavé. C’est une révolution silencieuse, qu’il faut intégrer, et contre laquelle on ne peut lutter.

La démotivation des jeunes est liée à leur désillusion face à l’avenir, à leur désir de mener une “bonne vie” quelle que soit ce qu’ils entendent par là : sens, temps, loisir, reconnaissance, épanouissement, tranquillité, sécurité.


D’accord, mais comment je recrute, moi ?


Ça ne va pas simplifier votre recrutement me direz-vous … Ah ben non vous répondrai-je ! Mais vous pouvez prendre en compte le fonctionnement des jeunes. Et déjà miser sur ce que vous pouvez offrir :


  • une organisation la moins inutilement contraignante possible

  • le respect de droit

  • des objectifs courts, avec des résultats visibles immédiatement

  • la valorisation de leur travail, en insistant sur ce qui va bien plutôt que sur ce qui va mal

  • Et pourquoi pas faire rêver, à nouveau ? Votre métier est formidable, vous le savez ! Vous pouvez leur transmettre votre passion ! Rappelez-vous votre meilleur professeur, et devenez un mentor, comme lui !


En bref, il faut leur offrir :

  • un environnement sincère

  • où ils se sentiront bien, en sécurité,

  • où ils seront entendus

  • où ils seront suffisamment libres

  • où ils auront envie de venir et de se bouger,

  • et leur donner des buts précis et concrets,


car personne, mais alors personne, n’a le désir de se sentir inutile, de ne rien faire, surtout quand on est jeune et plein d’énergie…


L’enjeu dépasse simplement l’avenir de votre entreprise : il concerne l’avenir de notre société toute entière … !



Je veux participer à l'avenir du monde !

30 juin 2022

Prendre le temps, pour mieux en gagner

Ma vie de courgette


Le lundi matin, je ne suis pas terriblement efficace. J’ai encore le rythme du week-end en moi, et j’aime bien prendre mon temps pour déjeuner.


Je suis posée là, avec mon café, les yeux dans le vague, le chat à côté de moi.

J’ai l’air de végéter.


Et peut-être est-ce le cas ?


Mais au fait, que fait le végétal, qui ne fait que végéter ?

Il vit intensément ! Il s’imprègne de l’air du temps, de la lumière, des nutriments de la terre, de tout ce qui le fait vivre et prospérer.


Et bien alors dans ce cas, on peut dire que je végète. Dans mon lundi matin flou, je lis les journaux, les blogs des uns et des autres, et je prépare en arrière-plan, sans y penser, tout ce qui va se passer dans la semaine.

Dans mes lectures, je puise mes idées, mes inspirations. Je fais les liens nécessaires à mon activité.

Dans mon esprit qui divague, je trouve des phrases que je vais écrire, je repense à des conversations qui m’éclairent sur les autres ; et les autres et leurs motivations, c’est mon fond de commerce.

Je prends des notes, rapidement, comme ça. Des bouts de machins.

Et 1h, 2h parfois après, tout se met en place.


Working girl


Je fais mon planning de la semaine, d’après une structure un peu immuable, mais également d’après ces bouts de machins, ces idées flous.

Je fais aussi mes projections à 3 mois, avec mes objectifs, que je réadapte, ou pas.

Quand je m’y mets, je reste focus. Mais rester focus pour moi, c’est faire d’autres choses en même temps, des choses moins importantes, qui me permettent de réactiver mon cerveau.


Même pendant les examens et concours que j’ai passés, j’ai gardé ces moments de rien, ces moments à observer le monde, juste comme ça. Et après, j’écrivais comme une dératée.

A la fin, j’étais dans les premières à rendre ma copie.


Il ne faut pas avoir peur du rien. Le rien nous ressource, et là, par exemple, observer 5 mn mon chat se prélasser avec délice à mes côtés, une patte toujours en contact avec moi (la petite chérie…).


Mais le rien ne fait pas tout (ça se saurait).


Pour que le rien vous nourrisse, il faut savoir exactement comment on fonctionne, et aussi ce qui fonctionne pour tout le monde. Après on adapte.


Ceux qui travaillent


Ce qui fonctionne pour moi ?


Un quart de rien, aux moments où je ne serais de toute façon pas productive : le matin au lever, après le repas de midi, le soir, si je veux dormir sereine.


Un quart de tout tous azimuts. Mille choses à la fois au même moment, et à toute allure.


Un quart d’organisation méthodique : un planning, des objectifs, des moments sans interruption, de la concentration totale, des plans, des fiches, du classement.


Un quart de production calme et sans stress, car grâce à tout ça, je sais exactement où je vais et comment y aller. Et je finis largement dans les temps.